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Thursday, June 5, 2008

Banque de Tunisie: Encore un coup des Tripolitains ??? (2)



Les Trabelsi mettent le grappin sur la Banque de Tunisie


par Catherine Graciet


La Banque de Tunisie (affectueusement appelée BT par les Tunisiens), était le dernier établissement bancaire du pays à ne pas être tombée entre les griffes des Trabelsi, du nom de l’épouse du président Ben Ali. Las, ce n’est plus le cas.
C’est un communiqué laconique émis le 4 avril 2008 qui a annoncé une bien mauvaise nouvelle : « Le Conseil (d’administration) a nommé Madame Alya Abdallah, Présidente Directrice Générale de la Banque de Tunisie. Le Conseil a délégué à Madame Alya Abdallah l’intégralité des pouvoirs qui étaient conférés à son prédécesseur ». Bien qu’ayant effectué toute sa carrière dans la banque, dame Alya jouit d’une piètre réputation. Ainsi, depuis le mois de mai 2003, elle occupait le poste de présidente du conseil d’administration de l’UIB, l’Union Internationale de Banques, qui appartient au groupe français Société Générale. Et avec quel brio ! Non seulement la pauvre UIB, pourtant dotée d’un remarquable réseau d’agences, n’a pas enregistré un seul bénéfice depuis des lustres mais en plus, elle pâtit de créances douteuses. À tel point que pour la première fois dans l’histoire bancaire tunisienne, l’un de ses commissaires aux comptes, en l’occurrence le cabinet Deloitte, a refusé de certifier les comptes de la banque pour 2006 !
Autre caractéristique d’Alya Abdallah : elle est l’épouse d’Abdelwaheb Abdallah, ministre des Affaires étrangères et actuel homme fort du régime tunisien. Acoquiné avec la première dame du pays, la vénéneuse Leila Ben Ali, Abdelwaheb Abdallah s’agite, avec sa protectrice qu’il manipule, dans les coulisses du pouvoir. Son objectif : ravir le poste stratégique d’Abdelaziz Ben Dhia qui fait office de ministre d’État, de conseiller spécial du Président et de porte-parole de la présidence. Ce qui fait craindre à certains qu’une fois dans le giron de Carthage, Abdallah se mette à reluquer méchamment le poste de Ben Ali en personne.
Il aura suffi que soit annoncée l’arrivée d’Alya Abdallah à la tête de la Banque de Tunisie (BT) pour qu’aussitôt les Trabelsi s’engouffrent dans son sillage. En un claquement de doigt, trois membres du conseil d’administration réputés pour leurs compétences professionnelles — Ilyès Jouini, enseignant à l’université Paris-Dauphine, Tijani Chelli et Abderazzak Rassaa, tous deux ministres sous Bourguiba — sont débarqués. Et, patatras boum boum, voilà que le glouton Belhassen Trabelsi rejoint le conseil de la BT. Frère de Leila Ben Ali et homme d’affaires, cet énergumène est également le patron de la compagnie aérienne Karthago Airlines dont Bakchich relate régulièrement les exploits et qui s’est spécialisée dans le syphonage de la compagnie nationale,Tunis Air. Au rythme où vont les choses avec les Trabelsi, parions que la vénérable Banque de Tunisie se portera très vite aussi mal que l’UIB du temps de la splendeur d’Alya Abdallah.

Sakher El Materi ne se gène pas non plus
Sakher El Materi est le gendre du président Ben Ali et est un éminent membre de la « caillera » qui règne à Tunis. A peine Nicolas Sarkozy rentré en France après sa visite officielle en Tunisie du 28 au 30 avril dernier, voilà que Monsieur Gendre « emprunte » l’avion présidentiel tunisien pour une virée privée avec ses copains dont un franco-tunisien bien connu dans le monde de la nuit parisienne. Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir. Direction de ces joyeux drilles : Dubaï. Une destination sans surprise quand on sait que Sakher El Materi possède une carte de séjour de trois ans de ce bel émirat. Le voyage en avion présidentiel s’est bien sûr effectué aux frais du contribuable tunisien qui se fera un plaisir d’apprendre que ses impôts servent aussi à financer les loisirs de Monsieur Gendre.

(Source : « Bakchich » (Satirique – France), le 03 juin 2008)
Lien: http://www.bakchich.info/article3956.html

Banque de Tunisie: Encore un coup des Tripolitains ???

La Banque de Tunisie livrée pieds et poings liés
Omar Mestiri
3 juin 2008

Lorsque les administrateurs de la banque de Tunisie (BT)(*1) eurent à entériner, le 28 mars dernier, la démission (*2) de Faouzi Belkahia, PDG depuis 16 ans, ils étaient à mille lieues d’imaginer le scénario catastrophe qui allait survenir.
L’ancien patron avait ouvert la réunion en leur annonçant que la BT venait d’être désignée meilleure banque africaine 2007 par la banque mondiale. Le conseil d’administration a eu, en outre, à délibérer de l’affectation d’un résultat net record pour l’exercice 2007 : plus de 75 MDT. Belkahia proposa de consacrer la totalité de ce fond à une augmentation du capital, pour «consolider la position de la banque face aux menaces».
Tous les administrateurs (*3) étaient conscients que leur banque suscitait les convoitises, spécialement celles des gros investisseurs du golfe, bien aiguillés par leurs «partenaires» locaux. La BT (*4) détonnait dans un secteur bancaire tunisien croulant sous les créances douteuses et continuait, année après année, d’afficher une réussite insolente.

La proposition de Belkahia, fut finalement adoptée à une large majorité, bien qu’elle rompait avec une tradition, établie de longue date, qui commandait d’affecter les bénéfices moitié aux réserves, moitié en dividendes aux actionnaires. La succession du PDG a été rapidement réglée : deux candidatures, dont celle de Alya Abdallah, épouse de l’entreprenant Ministre des Affaires étrangères, présentée comme «vivement appuyée par le palais» (faute d’être épaulée par son expérience calamiteuse à l’UIB) ; un consensus se dégagea pour «convaincre» l’autre postulant de se retirer.
Aussi, les administrateurs furent abasourdis d’apprendre la publication, le 2 avril, dans le supplément économique du quotidien « Assabah », d’un communiqué non signé annulant l’augmentation du capital adoptée cinq jours plus tôt, pourtant entérinée par la banque centrale de Tunisie (BCT) et le conseil des marché financiers (CMF). Le surlendemain, une réunion du conseil d’administration fut tenue en urgence pour mettre les choses au clair, en l’absence toutefois du principal actionnaire, le crédit industriel et commercial (CIC), une importante banque française qui avait donné procuration à l’un des administrateurs. La PDG pressentie, fraîchement cooptée au CA, était, elle, bien présente et prit d’entrée de jeu les choses en main. Sans attendre d’être formellement dotée des pouvoirs par ses pairs, et avec un tact confondant, elle coupa court à toute discussion : «celui qui désapprouve l’annulation n’a qu’à se retirer». Tout le monde comprit qu’elle dictait, en fait, la volonté de ses appuis «haut placés». Le président d’honneur, Abderrazzak Rassaa, un ancien Ministre de Bourguiba, Elyès Jouini, vice-président de l’université Paris Dauphine et lauréat 2005 du prix du meilleur jeune économiste (*5) et Tijani Chelli, ancien Ministre de Bourguiba, ont, tous trois, trouvé la suggestion « judicieuse » et démissionnèrent séance tenante.
Une époque était désormais révolue, celle des décisions indépendantes et du respect de la procédure. Les administrateurs maintenus – dont Faouzi Belkahia, nommé président d’honneur – furent ensuite conviés à avaler une couleuvre encore plus grosse : coopter l’insatiable beau-frère présidentiel, Belhassen Trabelsi avec ses associés ; en somme, faire entrer le loup dans la bergerie. Le CIC est demeuré silencieux… ses dirigeants en ont peut-être eu le souffle coupé.
Il n’en reste pas moins que la mainmise sur la BT - qui a fait plonger le titre - est un acte «hautement patriotique», de nature à consolider la confiance et à rassurer les investisseurs.

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1- http://www.bt.com.tn/
2- Cf extraits publiés sur le site African Manager : http://www.africanmanager.com/detail_article.php?art_id=116061
3- Voir composition sur le site tustex.com : http://www.tustex.com/fichesoc.php?nom_soc=BT
4- Voir la notice de présentation sur le site wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_de_Tunisie
5- Attribué par Le Monde et le Cercle des économistes : http://www.ceremade.dauphine.fr/~jouini/




(Source: le nr 63 du magazine "Kalima" mis en ligne le 3 juin 2008)

via TunisNews